
Né(e) le : 2 février 1992 à Echirolles
Handicap : Tétraplégie
CAT : H2
Résidence : Auvergne-Rhône-Alpes
Club : Grenoble Métropole Cyclisme 38
PALMARÈS
2024 – Jeux Paralympiques
- Paris : Médaille d’or – Course-en-ligne / Médaille d’or – relais handbike / Médaille de bronze – contre-la-montre
2023 – Championnats d’Europe sur route
- Rotterdam : Médaille d’argent – contre-la-montre / Médaille d’or – course en ligne
2023 – Championnats du monde
- Glasgow : Médaille d’or – Course en ligne MH2 / Médaille d’or – Relais mixte / Médaille d’or – Contre-la-montre MH2
2022 – Championnats du Monde sur route
- Baie Comeau (Canada) : Médaille d’argent en contre-la-montre / Médaille d’or en course en ligne H2
2022 – Championnats d’Europe sur route
- Autriche : Médaille d’or – Contre-la-montre H2 / Médaille d’or – Relais par équipe H1-5 / Médaille d’argent – Course en ligne H2
2021 – Jeux Paralympiques
- Tokyo : Médaille d’or – Course sur route en ligne H2 / Médaille d’argent – Relais par équipe H1-5 / Médaille de bronze – Course sur route contre la montre H2
2021 – Championnat du Monde sur route
- Cascais : Médaille de bronze – Course en ligne H2 / Médaille de bronze – Contre-la-montre H2
INTERVIEW
Peux-tu te présenter ?
« Florian Jouanny, je suis originaire de Bourg-d’Oisans dans les Alpes et je suis paracycliste, membre de l’équipe de France. Je pratique le handbike depuis maintenant quelques années : j’ai débuté en 2012 en loisir et en 2016 en compétition. »
Tu as eu un accident de ski à 19 ans. Comment le handbike est-il devenu ta nouvelle passion ?
« Tout de suite après mon accident, je me suis dit que le sport, pour moi, c’était un peu sacré donc je voulais reprendre une activité. J’ai d’abord voulu reprendre le ski, puisque c’est plutôt mon élément avant l’accident. Je n’ai jamais vraiment retrouvé les sensations que j’avais pu connaître par le passé, et puis j’ai découvert le handbike, et là je me suis trouvé finalement une nouvelle passion, un peu différente mais avec des choses qui pouvaient être assimilables à ce que je connaissais en ski, notamment les sensations en descente. »
Tu te souviens de tes premières sensations en handbike ?
« Ouais, clairement, je me rappelle très bien. C’était pas du tout le même matériel qu’aujourd’hui, un handbike où j’étais assis, plutôt pour du loisir. C’était plutôt frustrant, dans le sens où, de ce que j’avais vu sur internet, les gens qui faisaient du handbike allaient vite. Et moi, quand j’ai essayé, j’ai déjà eu du mal à me transférer dans le handbike, et en plus c’était très lent, c’était difficile. Donc ce n’était pas forcément un super souvenir. En tout cas, je me suis accroché pour continuer, progresser et arriver à avancer un peu plus vite. »
À quel moment es-tu passé du loisir à la compétition ?
« Il y a eu quand même un bon laps de temps où vraiment je ne pensais pas du tout à la compétition, et même ça ne me donnait pas envie. C’était vraiment le loisir, retrouver une certaine liberté, la sensation de faire des efforts, de se dépasser. Et puis, lorsque je me lançais un petit peu dans le projet d’Ironman, je me suis dit pourquoi pas, dans le cadre de la préparation, faire des compétitions de handbike. Et c’est là que j’ai débuté, en faisant des compétitions d’abord en France, pas trop loin de chez moi si possible, et puis petit à petit je me suis pris au jeu. »
Tu es devenu le premier tétraplégique européen à finir un Ironman. Qu’est-ce que cet objectif représentait pour toi ?
« C’était pas tant battre des records, je pense, mais c’était plus me prouver à moi-même, et peut-être un petit peu à mon entourage, que j’étais encore capable de faire des choses finalement difficiles malgré le handicap, essayer de rebondir, se refixer un objectif qui semblait à l’époque vraiment difficile à atteindre. Je me suis raccroché un petit peu à ce rêve pendant quelques années, et ça m’a permis de me relancer un petit peu différemment dans la vie avec un beau projet. »
Qu’est-ce qui t’a marqué le jour de cet Ironman ?
« C’était vraiment une longue journée avec pas mal de rebondissements. La natation, ça s’est plutôt bien passé, le vélo c’était même très bien, mieux que j’espérais. Par contre, sur le fauteuil, la dernière épreuve, là c’était un peu la galère : j’ai crevé un pneu à vingt bornes de l’arrivée. On n’avait pas accès aux roues de secours, donc il a fallu finir la course avec le pneu crevé. C’était vraiment une galère, mais pour moi c’est absolument inenvisageable d’abandonner, donc j’ai réussi à finir, non sans mal. »
Devenir champion paralympique : qu’as-tu ressenti en premier ?
« Je me souviens, dans les derniers kilomètres, là où j’étais seul en tête, je savais que j’allais gagner. Je repensais vraiment à tout ce qui avait été fait avant, en préparation, et même le soutien de ma famille, tout ce qui contribuait au projet, parce qu’il y avait beaucoup de travail dans l’ombre. Là, c’est vraiment mettre en lumière tout ça, la consécration de tous les efforts faits, qui payaient pas vraiment jusque-là et qui ont vraiment payé au bon moment. »
Contre-la-montre et course en ligne : comment abordes-tu ces deux épreuves différemment ?
« Le contre-la-montre, c’est quelque chose où il faut avoir un plan de bataille, connaître ses données, c’est vraiment un effort contre soi-même. Il faut être vraiment focus sur ce qu’on fait depuis l’avant-course, l’échauffement, et pendant la course se concentrer sur ses trajectoires, sur son effort, sur ses données de puissance. La course en ligne, c’est plutôt autre chose : il faut bien sûr avoir un plan, mais savoir s’adapter tout au long de l’épreuve, parce que généralement ce n’est jamais le plan qu’on a dans la tête qui va se passer. C’est un peu du feeling, il faut s’adapter, faire avec les conditions, les adversaires, le vent, la météo, le parcours. »
Même avec un palmarès aussi rempli, il t’arrive encore de douter ?
« Parfois on perd, donc forcément, quand on vient de se faire battre par un ou des adversaires, on se remet en question, on peut avoir quelques doutes. Après, c’est continuellement s’entraîner, se battre pour être meilleur et surtout jamais lâcher. De la pression, il y en a toujours un petit peu, même si avec les années accumulées ça a tendance à être un peu moins présent, mais malgré tout c’est toujours un petit peu là. »
À SAVOIR
Passionné de ski depuis son plus jeune âge, les journées de l’isérois oscillaient entre freeride et snowparks. A la suite d’un accident de ski à 19 ans, il est touché aux cervicales et devient tétraplégique. A la recherche de sensations de vitesse et d’une « bouffée d’air », c’est tout naturellement qu’il se tourne vers le handbike. Constamment dans le dépassement de soi, Florian devient même, en 2017, le premier tétraplégique européen à terminer un Ironman au bout de 14h et 55 minutes d’effort. Champion paralympique sur la course en ligne, il compte également deux médailles de bronze en contre-la-montre aux Jeux Paralympiques ainsi que plusieurs titres de champion du monde.
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