
Né(e) le : 24 septembre 1983 à Lille
Profession : Masseur Kinésithérapeute
Handicap : Non-voyante
CAT : WB
Résidence : Hauts-de-France
Club : ECWM Espoir Cycliste Wambrechies Marquette
PALMARÈS
2023 – Championnats du monde
- Glasgow : Médaille de bronze – Contre-la-montre WB
2023 – Coupe du monde
- Maniago (ITA) : Médaille d’argent course en ligne
- Huntsville (USA) : Médaille de bronze contre-la-montre
2022 – Championnats du monde sur piste
Saint-Quentin-en-Yvelines : Médaille de bronze 3km poursuite individuelle / Médaille de bronze 750m Sprint par équipe
INTERVIEW
Questions / Réponses : Octobre 2022
Peux-tu te présenter ?
« Je suis non-voyante et athlète en équipe de France de paracyclisme depuis 2022, en binôme avec Lara depuis un an. »
Peux-tu revenir sur la perte de ta vue et sur ce qui t’a construite ?
« Jusqu’à mes 20 ans, je voyais mal, j’avais de grosses lunettes, mais je savais me déplacer sans canne. J’ai suivi une scolarité en milieu ordinaire, j’avais des documents agrandis, quelques adaptations, mais une certaine autonomie avec cette déficience visuelle. Puis la maladie de mes yeux s’est aggravée, les traitements médicaux ne suffisaient plus, et j’ai perdu brutalement la vue à la suite d’une chirurgie qui s’est compliquée d’hémorragies de rétine. Je suis passée d’un vingtième à rien, donc forcément ça a été un vrai tremblement de terre, j’ai dû tout réapprendre. Je suis passée par une période où je n’avais plus envie de vivre du tout, et puis on décide de continuer à avancer, on se retrousse les manches, on sait qu’il faut se réadapter. J’ai appris à me servir d’une canne blanche, de l’outil informatique, de la synthèse vocale, et j’ai décidé de vivre la vie le mieux possible. »
Le sport a toujours eu une place importante dans ta vie ?
« Depuis que je suis toute petite, une place énorme. J’ai fait de la compétition d’escalade au lycée, j’étais championne d’Île-de-France, j’adorais ça. J’ai toujours considéré que le sport était un exutoire pour moi, un moyen de canaliser une nervosité trop présente. Après l’escalade, j’ai fait de l’athlétisme, j’ai eu plusieurs titres de championne de France. Le premier cadeau que mon mari m’a fait quand j’ai perdu la vue, c’est justement un tandem, puisque c’était très compliqué pour moi de faire du vélo seule. Donc le vélo ne m’a jamais quittée. Le très haut niveau est venu plus tard, à un moment où je vivais mieux avec ma cécité, où j’avais moins de fatigue. »
Que t’a apporté ton premier stage en équipe de France ?
« Je suis arrivée dans un monde que je ne connaissais pas, et je me suis très vite rendu compte que la communication avec les autres para-athlètes était très enrichissante, que le staff avait cette expertise, cette expérience. Au-delà des objectifs de très haut niveau, il y a beaucoup d’humanité, c’est une vraie aventure humaine. Le haut niveau m’a appris beaucoup sur moi-même : je considère que le mental fait plus de la moitié du travail. Ce n’est jamais les jambes qui décident d’arrêter de pédaler, c’est la tête. »
Comment fonctionne la relation de confiance en tandem ?
« C’est une relation incroyable, je pense qu’il est très important d’avoir une bonne entente en dehors du vélo. C’est un vrai défi humain, parce que gagner à deux, c’est incroyablement puissant et fort, mais perdre à deux, c’est très dur, il faut aussi gérer la détresse de l’autre. Je pense que ça peut être un vrai moteur : quand on n’a pas envie d’y aller, on pense à l’autre et on se dit qu’il n’y a pas que soi, on y va. Il faut être très à l’écoute, empathique, sensible, dans le respect mutuel. »
Que retiens-tu de ton expérience aux Jeux de Paris ?
« Ça a été une parenthèse enchantée, quelque chose que je ne revivrai jamais, une ferveur, une émulation complètement dingue. Après, ces Jeux sont marqués par une énorme désillusion sur la piste, avec une disqualification qui était notre plus grand espoir de médaille. Ça reste une douleur et une frustration énormes. Mais ce que je retiens aussi, c’est qu’on a réussi à se remobiliser extrêmement rapidement pour faire un magnifique chrono, qui se traduit par une quatrième place, alors qu’on savait qu’il y avait des équipages plus forts que nous. »
En dehors du vélo, tu travailles en réanimation pédiatrique. Qu’est-ce que ce métier t’apporte ?
« Mon métier, c’est plus qu’un métier, c’est une passion, comme le vélo. On est confrontés à des enfants dont le pronostic vital est souvent engagé, à des histoires de vie dramatiques, à des décès. Ça m’enrichit au quotidien, parce que je relativise toujours, je me dis que j’ai énormément de chance d’avoir des enfants en bonne santé. À l’hôpital, je passe mon temps à m’occuper des autres, et sur le vélo, je m’occupe de moi. L’un vient compenser l’autre. »
Comment trouves-tu l’équilibre entre ta famille, le sport et ton métier ?
« Cet équilibre est certainement tangent, s’il y a un grain de sable dans l’engrenage ça devient compliqué. Il est maintenu grâce à une énorme anticipation, une organisation quasi militaire, et une cellule familiale hyper soudée. Je ne pourrais pas faire ce que je fais si mon mari n’était pas présent, s’il ne m’aidait pas au fonctionnement du foyer. »
Le paracyclisme féminin reste peu développé. Qu’est-ce que tu dirais à une femme qui hésite à s’y lancer ?
« Dans le milieu valide, il y a un réel essor du cyclisme féminin, une professionnalisation qui évolue énormément. Dans le paracyclisme, il y a très peu de féminines, et c’est une volonté de l’équipe d’en avoir davantage. C’est peut-être plus compliqué parce qu’on a des carrières plus tardives, une vie de famille, d’autres obligations. Mais c’est un sport magnifique quand on est une femme, et il faut souhaiter que l’essor du cyclisme féminin valide puisse aussi profiter au paracyclisme. »
À SAVOIR
Née avec une maladie congénitale, Anne-Sophie Centis perd définitivement la vue à l’âge de 20 ans. Elle retrouve dans le sport un véritable exutoire, elle qui pratiquait déjà l’escalade et l’athlétisme en compétition avant de perdre la vue. Le tandem, offert par son mari à cette période, ne la quittera plus. Elle intègre l’équipe de France de paracyclisme en 2022, aux côtés d’Élise Delzenne, avant de former un nouveau binôme avec Lara à partir de 2025. Aux Jeux Paralympiques de Paris 2024, elle décroche une quatrième place au contre-la-montre malgré une disqualification sur piste. Kinésithérapeute en réanimation pédiatrique, elle mène de front son métier, sa vie de famille et le très haut niveau.
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Van Rysel
