
Né(e) le : 9 juillet 1985 à Muret (31)
Profession : Fonctionnaire de police
Handicap : Ataxie cérébelleuse
CAT : C3
Résidence : Hauts-de-France
Club : Dunkerque Littoral Cyclisme
Entraîneur : Mathieu Jeanne
PALMARÈS
2024 – Jeux Paralympiques
- Paris : Médaille d’or – Contre-la-montre / Médaille d’argent – course en ligne C1-3
2023 – Championnats d’Europe sur route
- Rotterdam : Médaille de bronze – contre-la-montre / Médaille d’or – course en ligne
2023 – Championnats du Monde
- Glasgow : Médaille d’argent – Course en ligne MC3
2023 – Coupe du Monde
- Maniago (ITA) : Médaille d’argent course en ligne
- Huntsville (USA) : Médaille d’argent course en ligne
2022 – Championnats d’Europe
- Autriche : Médaille d’or course en ligne
INTERVIEW
Que retiens-tu du contre-la-montre des Jeux de Paris, où tu décroches l’or ?
« C’est une chose incroyable, impensable. Même si on prend le départ pour gagner, de gagner de cette façon, ça a été un moment inoubliable. Sur le coup, je n’y croyais pas, j’attendais jusqu’au dernier concurrent pour être sûr, on n’avait pas les infos sur mon dernier temps de passage. Il y avait un certain doute, et le stress au dernier moment, mais c’était que du positif, plutôt de l’impatience d’être libéré. »
Tu as disputé tes premiers Jeux Paralympiques à 39 ans. Comment aborde-t-on une telle compétition à cet âge, avec déjà une grande expérience du sport derrière soi ?
« C’est avec de l’ambition, comme un nouveau challenge que la vie me lance. Je sais que je ne suis pas forcément le plus jeune dans ma catégorie, mais je me suis bien préparé toute la saison avec mon entraîneur et le staff de l’équipe de France. On essaie de se détacher du nom « Jeux Paralympiques », de rester focus, de se livrer au maximum et d’aller chercher la victoire. »
Tu es un ancien cycliste valide. Comment s’est fait le passage vers le paracyclisme ?
« Mon premier accident, c’était lors du Tour de l’île de Tahiti : j’étais maillot jaune à ce moment-là, et j’ai percuté un scooter de face qui arrivait à contresens. Il s’est suivi un gros traumatisme crânien qui m’a laissé pas mal de séquelles. »
Tu as connu un deuxième accident grave en 2022, juste avant un championnat du monde. Comment as-tu vécu ce moment ?
« C’est une voiture qui a freiné, on était en plein milieu de la route, et j’ai eu le fémur cassé avec une fracture ouverte. Je me suis dit « bon, c’est mort pour les championnats du monde ». Ce qui était plus grave, en fait, c’était deux vertèbres cassées et compactées, plus le sternum enfoncé. »
Comment s’est passée la remontée après cette blessure ?
« L’envie, l’objectif des Jeux, c’est ce qui me motivait à ce moment-là, à me dire qu’il fallait tout redonner pour pouvoir revenir. Je me suis dit qu’il me restait deux ans, 2023 et 2024, à peine deux ans. Dès le centre de rééducation, après un mois et demi, j’avais déjà fait venir mon entraîneur et le staff médical, et je me suis remis sur le vélo. »
Tu vois plutôt tes accidents comme des obstacles ou comme un tournant dans ta vie ?
« Plutôt comme un tournant, comme un challenge, j’en tire plus du positif. C’est vrai qu’après le premier accident, ça a été assez compliqué : accepter le handicap, se reconstruire, voir que les choses ont changé, et accepter qu’on peut quand même accomplir de grandes choses. »
Tu es aussi gardien de la paix et membre de l’équipe de France de sportifs de haut niveau de la police nationale. Comment vis-tu ce double parcours ?
« Je suis rentré dans la police nationale en 2010. Après mon accident, j’ai été affecté à un poste plus administratif, ce qui m’a permis de me reconstruire aussi par le travail, de sortir du système médical, alors que j’avais perdu l’usage de la parole, avec des problèmes d’élocution et d’écriture. L’équipe de France des sportifs de haut niveau de la police nationale nous permet d’être détachés de nos fonctions, ça m’a beaucoup aidé après le deuxième accident, pour pouvoir travailler à bloc en vue des Jeux. »
Quelles valeurs de la police retrouves-tu dans le cyclisme ?
« La rigueur, le respect de l’adversaire, ne jamais le sous-estimer. C’est la même chose sur une intervention : on ne sait jamais sur qui ou sur quoi on va tomber. Sur le vélo, c’est pareil : on est tous égaux, on est tous capables de grandes choses, il ne faut jamais se fier aux apparences. »
Comment te prépares-tu mentalement avant une course ?
« Avant de dormir, ou même quand je me réveille la nuit, je m’imagine à chaque virage, à chaque montée, à quel moment je pourrais relancer ou être attaqué. Le jour de la course, je travaille plutôt au feeling, en fonction de l’adversaire et de son état de forme, sans jamais le sous-estimer. »
Ton handicap n’est pas visible. Qu’est-ce que ça représente pour toi et que dirais-tu à une personne dans la même situation ?
« Je fais partie des personnes où le handicap n’est pas forcément visible : j’ai une hypersensibilité auditive, une perte d’audition de l’oreille droite, une perte de mobilité au niveau du rachis, des troubles visuels. Ça ne se voit pas forcément, donc c’était dur au début. Il faut dire à ces personnes qu’il n’y a pas à se justifier, pas à avoir honte de son handicap. »
À SAVOIR
Thomas Peyroton-Dartet est passionné de sport depuis son enfance, et le vélo reste une passion de toujours. En lice pour passer professionnel dans le cyclisme valide, il est victime d’une grave chute sur le Tour de l’île de Tahiti, qui lui laisse un traumatisme crânien aux lourdes séquelles. Reconstruit, il se lance dans le handisport et découvre que l’intensité y est tout aussi forte que chez les valides. Victime d’un second accident grave en 2022, quelques mois avant un championnat du monde, il se relève une nouvelle fois pour décrocher, à 39 ans, la médaille d’or en contre-la-montre et la médaille d’argent en course en ligne aux Jeux Paralympiques de Paris 2024. Également gardien de la paix, il est membre de l’équipe de France des sportifs de haut niveau de la police nationale.
