
Né(e) le : 28 mai 1998 à Quimper (29)
Profession : Conseiller clientèle
Handicap : Spina Bifida
CAT : H4
Résidence : Grand-Est
Club : Association Sports Fauteuil de Mulhouse
PALMARÈS
2024 – Jeux Paralympiques
- Paris : Médaille d’or – Relais Handbike
2023 – Championnats d’Europe sur route
- Rotterdam : Médaille d’or – Relais mixte / Médaille d’argent – course en ligne MH4
2023 – Championnats du monde
- Glasgow : Médaille d’or – Relais mixte / Médaille de bronze – Contre-la-montre MH4
2022 – Championnats du Monde sur route
- Baie Comeau (Canada) : 10ème en contre-la-montre / 4e en course en ligne
2022- Championnats d’Europe sur route :
- Peuerbach (AUT) : Médaille d’or – Course sur route en ligne H4
2021- Championnat d’Europe
- Peuerbach (AUT) : Médaille d’or – Course sur route en ligne H4
INTERVIEW
Questions / Réponses : Juillet 2022
Peux-tu te présenter ?
« J’ai 27 ans et je pratique le paracyclisme depuis un peu plus de 20 ans. J’ai déjà cinq titres de champion du monde et cinq titres de champion d’Europe à mon actif, et surtout, dernièrement, un titre aux Jeux Paralympiques à Paris. »
Tu as découvert le handbike à 7 ans. Comment ça s’est passé ?
« J’ai découvert ce sport à l’âge de 7 ans durant des journées de découverte de plusieurs handisports. C’est là que j’ai découvert que le handisport existait et qu’il y avait vraiment des compétitions dédiées pour les personnes en situation de handicap. Très vite, c’est le sport où j’ai le plus accroché, parce que quand t’as besoin de vitesse et de sensations, il n’y a pas tellement de choses qui sont accessibles pour toi, et le vélo, c’est ce qui venait combler ce besoin de vitesse et d’adrénaline. »
À quel moment as-tu commencé à imaginer une carrière de haut niveau ?
« C’est arrivé assez vite, mais sans être tout à fait conscient. À l’âge de 9 ans, à mon anniversaire, mon coach qui m’avait inspiré m’a offert son maillot de champion du monde. Le maillot arc-en-ciel, dans le cyclisme et le paracyclisme, c’est un symbole énorme. Il y avait son nom marqué dessus, et je me suis dit qu’un jour je voulais avoir le mien, gagné par moi. C’est ça qui a un peu réveillé ce rêve. Je ne m’étais pas mis de pression pour tout gagner, mais ça a déclenché un petit rêve qui m’a permis de ne jamais laisser tomber, et petit à petit de faire de plus en plus de courses et de m’entraîner de plus en plus. »
Comment s’est passée ta première sélection en équipe de France ?
« C’était en 2019, suite au championnat d’Europe où j’avais réussi à créer la surprise en battant le deuxième meilleur de ma catégorie. Ça m’a ouvert les portes de l’équipe de France, en montrant que j’avais un gros potentiel, surtout quand la route s’élevait, puisque j’étais vraiment sur un profil de puncheur, de grimpeur. »
Que retiens-tu des Jeux de Paris 2024 ?
« Ça évoque plusieurs sentiments. On va retenir le meilleur, avec la médaille d’or sur le relais par équipe, partagée avec Florian Jouanny et Mathieu Bosredon. Le passage de la ligne d’arrivée en se sachant vainqueur, c’est vraiment un truc de fou. Mais je ne peux pas m’empêcher de me souvenir des mauvais souvenirs aussi, puisque sur mon objectif principal, la course en ligne, j’ai chuté au bout de 3 km, donc la course s’est terminée pour moi. Entre l’abandon et la quatrième place sur le contre-la-montre, il y a forcément une part de frustration. »
Comment as-tu réussi à rebondir après cette chute, seulement quelques jours avant la médaille d’or en relais ?
« Ça a été très dur de se relever après la chute, parce qu’au final je n’ai pas pu m’exprimer, je n’ai rien pu faire. J’ai eu de la chance de ne pas être blessé malgré une chute à 50 km/h, mais le vélo avait pris de très gros dégâts, et le plus gros stress c’était de savoir s’il allait être réparé à temps. Là aussi, l’entourage compte énormément : ma compagne et ma fille étaient sur place, et sans elles ça aurait été très compliqué de me remettre dans le bain et de retourner en course deux jours après. Le vélo a été réparé douze heures avant la course, je l’ai récupéré le matin même. »
Quel est ton objectif principal aujourd’hui ?
« Mon objectif, c’est surtout de conserver mes titres de champion du monde. Sur les deux dernières années, j’ai réussi à gagner la course en ligne et on a conservé notre titre sur le relais par équipe. Là où je veux vraiment progresser, l’axe principal de ma saison et de mon entraînement, c’est le contre-la-montre, pour essayer de conquérir ce premier titre de champion du monde sur cette spécialité. »
Comment se prépare-t-on mentalement à un effort aussi exigeant que le contre-la-montre ?
« C’est un effort très soutenu à tenir tout le long, entre 25 et 30-40 minutes. C’est là-dessus qu’il faut travailler, sur la longueur des intensités. Mentalement c’est très exigeant, parce qu’à aucun moment pendant 30 minutes il ne faut baisser en intensité. Même si t’as mal, il faut que le cerveau se mette en off et que tu continues à pousser le plus possible. Je travaille surtout ça à l’entraînement, où on répète plusieurs fois ces intensités de manière segmentée, des fois même plus dur que certaines courses. C’est là que tu forges le mental. »
Depuis un an, tu t’es aussi lancé dans le triathlon. Pourquoi cette diversification ?
« Il y a forcément des moments de la saison où il y a un peu de lassitude, parce que la journée est toujours organisée pareil : dodo, vélo, dodo. J’ai voulu casser ce cycle pour me libérer mentalement et garder la motivation intacte. C’était une découverte totale pour la natation et la course en fauteuil d’athlétisme. Ce qui est plaisant dans un nouveau sport, c’est que tu gagnes des minutes de semaine en semaine, alors qu’en vélo, les progressions sont des micro-détails à peine visibles. Ça rajoute du dynamisme et de la motivation. »
Que dirais-tu à une personne en fauteuil qui hésite à se lancer dans le handbike ?
« Le handbike, c’est un sport de maturité. C’est très rare qu’en deux ou trois ans on te dise que tu as le potentiel d’être parmi les meilleurs. Moi, à 20 ans, je courais contre des mecs qui pratiquaient depuis 15-20 ans, et je me prenais parfois cinq à dix minutes d’écart sur les contre-la-montre. L’objectif, ce n’était pas de les battre au début, c’était d’aller step by step, de réduire l’écart petit à petit. Ce que j’ai envie de dire, c’est qu’il va falloir de la patience, ça ne va pas se faire en un an. Il faut s’armer de patience et de résilience pour y arriver. »
À SAVOIR
Né avec un spina bifida et en fauteuil depuis sa naissance, Joseph Fritsch découvre le handbike à 7 ans lors d’une journée de découverte des handisports. Intégré en équipe de France en 2019, il devient quintuple champion du monde et quintuple champion d’Europe, notamment en relais par équipe avec Florian Jouanny et Johan Quaile. Aux Jeux Paralympiques de Paris 2024, il décroche la médaille d’or en relais par équipe malgré une lourde chute en course en ligne quelques jours plus tôt, et termine quatrième au contre-la-montre individuel. Toujours en quête de progression, il s’est lancé depuis peu dans le paratriathlon en parallèle du paracyclisme, avec l’ambition de continuer à se rapprocher du podium sur le contre-la-montre.
PARTENAIRES
Sunrise Médical / Gaz de Barr / Alsarnica / Mulhouse / Grand-EST / Collectivité Européenne d’Alsace

