Ils n’ont pas grandi dans le même pays. Ils n’ont pas perdu la vue dans les mêmes circonstances. Ils n’ont pas découvert le cécifoot au même moment de leur vie. Pourtant, leurs chemins se sont rejoints sous le maillot bleu jusqu’à les conduire au sommet de leur discipline. Derrière les titres européens, les médailles et les grandes compétitions internationales, Hakim Arezki et Fabrice Morgado racontent surtout deux histoires de résilience. Deux parcours où le football est devenu bien plus qu’un sport : un moyen de se reconstruire, de se dépasser et de transmettre.
Hakim Arezki, renaître ballon au pied
À 18 ans, Hakim Arezki voit sa vie basculer. En avril 2001, alors qu’il participe aux manifestations du Printemps noir en Kabylie, il est grièvement blessé par balle. Touché à la tête, il perd définitivement la vue. Après plusieurs semaines entre la vie et la mort, il est transféré en France pour poursuivre sa rééducation. Le plus difficile n’est pourtant pas uniquement d’accepter le handicap. Il faut aussi renoncer à la vie qu’il imaginait.

Passionné de football depuis l’enfance, Hakim pense alors ne plus jamais retrouver les sensations qui l’ont accompagné pendant toute sa jeunesse. Tout change lorsqu’il découvre le cécifoot à l’Institut National des Jeunes Aveugles. « Au début, j’étais heureux de retrouver un ballon, mais incapable de faire ce que je savais faire avant. Avec le temps et l’entraînement, j’ai retrouvé le plaisir de jouer. »
Très vite, le ballon redevient un moteur. Les entraînements s’enchaînent, le niveau progresse et, en 2009, il rejoint l’équipe de France. Avec les Bleus, il participe à l’émergence du cécifoot français, remporte plusieurs titres européens et s’impose comme l’un des leaders du collectif. Pour lui, porter le maillot bleu possède aussi une dimension très personnelle. « Porter le maillot de l’équipe de France était une façon de remercier le pays qui m’avait sauvé la vie. »
Au-delà du terrain, Hakim souhaite transmettre un message universel. Dans son autobiographie Renaître dans la nuit, il raconte son parcours pour rappeler qu’aucune épreuve n’empêche de se reconstruire. « Si mon histoire peut donner de l’espoir à quelqu’un, alors ce livre aura eu tout son sens. »
Fabrice Morgado, bâtir l’avenir du cécifoot

Le parcours de Fabrice Morgado est différent, mais tout aussi marqué par le football. Victime d’une agression à l’adolescence, il perd progressivement la vue. Comme beaucoup de jeunes passionnés de ballon rond, il pense alors devoir tourner définitivement la page. Jusqu’au jour où un reportage télévisé lui fait découvrir le cécifoot. « Je me suis immédiatement renseigné et je me suis inscrit dans le club le plus proche de chez moi. »
La progression est rapide. En quelques années, il remporte la Coupe de France avec Saint-Mandé avant d’intégrer l’équipe de France en 2013. Mais Fabrice ne veut pas seulement jouer. Il souhaite aussi faire grandir son sport. Cette ambition prend forme avec la création du FC Cécifoot Précy-sur-Oise. Parti d’un projet local, le club devient progressivement une référence nationale et accueille le premier Centre de Préparation aux Jeux entièrement dédié au cécifoot. Pour Fabrice, développer la discipline est devenu une mission. « Je voulais offrir une pratique aux jeunes déficients visuels de mon territoire et créer une véritable dynamique autour du cécifoot. »
Sur le terrain, il s’impose également par son profil offensif, sa qualité technique et son goût du un contre un. Mais ce dont il est le plus fier reste peut-être ce qu’il construit en dehors des compétitions. « Aujourd’hui, voir le club grandir est une immense fierté. »
Deux histoires, une même passion
L’un a trouvé dans le cécifoot le chemin de sa reconstruction. L’autre en a fait un projet de vie pour développer la discipline. Deux parcours différents, mais une même envie de transmettre et de faire grandir leur sport.
À travers leurs carrières, Hakim Arezki et Fabrice Morgado rappellent que le cécifoot ne se résume pas aux titres remportés. C’est aussi une formidable aventure humaine, capable de transformer des parcours de vie en destins sportifs exceptionnels.
©Didier Echelard
