La France au pied du podium mais sur la bonne voie

L’édition du World Grand Prix de France 2023, disputé du 24 juin au 1er juillet à Schiltigheim (Bas-Rhin), a été remporté par le Brésil, devant l’Angleterre. L’équipe de France de cécifoot, 4e de l’épreuve, a posé des jalons intéressants à un mois et demi des championnats du monde et à un peu plus d’un an des Jeux Paralympiques de Paris. Charly Simo, conquis par le public français, dresse un bilan objectif de son équipe, championne d’Europe en titre. Le directeur sportif de la discipline pour la Fédération Française Handisport se réjouit de ce qu’il a vu tout en espérant que ses troupes gagnent en efficacité.  

Quel regard portez-vous sur la prestation de l’équipe de France, 4e, de ce WGP 2023 ? 
Charly Simo : C’était pour nous, une vraie répétition des Jeux Paralympiques. Le format avec huit équipes réparties en deux poules de quatre avait cet objectif, tout comme l’idée de faire venir les meilleures nations du monde. Cela nous permettait aussi d’évaluer nos troupes face à une adversité de qualité. En ce sens-là, nous estimons que c’est une très bonne compétition. Au-delà de la performance, évoluer en France dans un tel format était une manière d’acculturer nos joueurs à pratiquer avec un public acquis à leur cause. On a vu une belle réponse de l’équipe de France avec des éléments qui ont donné le meilleur d’eux-mêmes. 

Et le public semble avoir bien joué le jeu ?  
C. S : Oui. Je lui adresse d’ailleurs une mention spéciale. On sait qu’à Paris, ce sera pareil, on pourra compter sur nos supporters. Il fallait donc habituer les joueurs à évoluer devant un public qui ne sera pas forcément complètement au fait des spécificités de notre sport et qui fera du bruit pendant les matches ou pendant les actions. Surtout, il fallait préparer les gars à être soutenu par ce public qui doit nous transcender. Tout a été plutôt bien maîtrisé. Ce Grand Prix est une très belle réussite.    

Quelle avait été votre logique de sélection (groupe élargi, tests de nouveaux joueurs ou au contraire, travail avec une ossature type) ?   
C. S : Le WGP est une compétition de référence donc nous ne pouvions pas sélectionner un groupe élargi. Il y avait donc huit joueurs de champs et deux gardiens de but.  

Avez-vous profité de ce rendez-vous pour tester des schémas ? 
C. S : Comme l’entraîneur (Toussaint Akpweh) l’a dit, il a fait ses courses. Il a utilisé des joueurs à différents postes. Il est important de faire des concessions constructives, c’est-à-dire, utiliser des joueurs sur plusieurs postes pour offrir différentes possibilités à l’équipe afin de répondre aux problématiques posées par nos différents adversaires. Il nous faut donc pouvoir compter sur des joueurs à deux postes différents au moins pour, selon les organisations choisies, être efficaces sur des temps bien identifiés. Pour cela, il faut étudier plusieurs animations et dispositifs.  

Sur cet aspect précis, êtes-vous satisfait de ce que vous avez vu ? 
C. S : Oui. Certains joueurs ne pensaient d’ailleurs jamais pouvoir jouer à certains postes. Ils ont, à travers cette épreuve jouée contre des nations référentes, pu prendre confiance. D’autant plus que les autres pays alignaient des compositions proches de leur équipe-type. En effet, certaines nations comme le Brésil, le Japon ou encore l’Italie préparent les championnats du monde, programmés à Birmingham du 12 au 26 août, décisifs dans l’optique de la qualification aux Jeux de Paris. Là où nous avons beaucoup fait tourner pour trouver différentes configurations et donner la chance à chacun, quand ces nations ont misé sur un quatre majeur.  

“ Une équipe conquérante et complète ”

Quelles ont été les forces dégagées par les Bleus sur ce WGP ?  
C. S : L’équipe de France n’est pas là pour calquer son jeu sur celui de ses adversaires. On essaie de déployer notre jeu pour les embêter et contrarier leurs plans. On veut trouver des solutions aux problèmes qu’ils nous posent. En ce sens, nous avons été à la hauteur parce que nous avons dominé le Brésil lors de notre premier match de poule (0-0). Idem, contre les Anglais, en demi-finale (0-0, 0-2 t.a.b.). On a une équipe très complète, à l’image de nos gardiens de but, montés en gamme et qui prennent très peu de buts au fil des compétitions. On a une équipe très conquérante sur laquelle on peut compter aujourd’hui.  

Quelles sont les pistes de progression ?  
C. S : Habituellement, nos premiers pas dans les compétitions sont difficiles. Cette fois-ci, on fait 0-0 contre le Brésil, une grosse nation. Aussi, nous avons toujours ce problème de se mettre au niveau de nos adversaires : contre les équipes médiocres, nous sommes à leur rythme. Exemple : contre la Roumanie, qui a pris des valises contre tout le monde, nous ne gagnons que 1-0 en marquant en toute fin de match. On a eu une multitude d’occasions, dont un penalty… Il faut toutefois préciser que nous avions fait pas mal tourner notre quatre de départ lors de cette rencontre afin de donner du temps de jeu à chacun et que certains joueurs devaient faire leurs preuves pour les compétitions à venir. La marge de progression, dans ce cas-là, sera d’attaquer ces équipes à la gorge pour plus vite se mettre à l’abri. Nous avons effectué d’importants progrès en retrouvant de la solidité défensive. Nos adversaires éprouvent des difficultés à se créer des occasions. Toutefois, on doit encore progresser, notamment dans l’axe, contre les équipes n’évoluant qu’avec un seul attaquant. On ne doit pas s’éparpiller pour juste couper les relations avec cet attaquant.  

Gagner en efficacité et peaufiner les détails

Offensivement, ne faut-il pas gagner en efficacité ?  
C. S : Oui, parce que nous faisons beaucoup de poteaux, de barres et de frappes au but. Mais cela est encourageant et se retrouve souvent lorsqu’une équipe est en pleine progression.    

Avez-vous aussi quelques bonnes surprises à titre individuel ?  
C. S : On peut se réjouir du retour en forme de Frédéric Villeroux, capitaine sur cette épreuve. Il n’était pas au dernier championnat d’Europe que nous avons remporté mais il revient à un très bon niveau. Match après match, il monte en puissance, on retrouve le joueur qui a porté les Bleus de longues années. Il y aussi des joueurs qui ont très bien réagi sur des postes auxquels ils n’auraient jamais pensé jouer. Témoin, Tidiane (Diakité), placé dans l’axe tout un match, qui a donné une belle réponse. Collectivement, tout le monde a bien réagi.   

Vous avez aussi été séduit par le public ?  
C. S : Je lui adresse clairement ma mention spéciale. Il fut déterminant, par exemple, contre la Roumanie pour nous aider à forcer la décision. On a mesuré combien il va compter dans la performance aux Jeux. Il va aider les joueurs à se transcender, de se dépasser.    

Que va viser la France aux prochains championnats du monde ? 
C. S : Actuellement, toutes les équipes présentes à ce niveau-là se valent ou presque. La différence se fait sur des détails. On peut déjà être fier de cette équipe de France. L’objectif majeur reste les Jeux Paralympiques pour lesquels nous sommes déjà qualifiés en tant que pays hôte. Ce championnat du monde doit nous permettre de peaufiner des détails pour progresser. Il faut être encore plus solide défensivement et que nous gagnons en réussite sur le plan offensif. Je suis persuadé qu’en améliorant ces deux secteurs, dans ces détails, on fera un super résultat aux championnats du monde. Si on est champion du monde, très bien mais on sait que l’on peut remporter ce titre et ne rien gagner aux Jeux. L’important est de voir l’équipe progresser, ce championnat du monde sera une étape vers Paris.        

 Rédaction : J. Soyer


Le parcours de la France et les matches de classement  

Poule. France – Brésil : 0-0. Italie – France : 2-3. Roumanie – France 0-1.  

Demi-finales. France – Angleterre : 0-0 (0-2 t.a.b.) ; Japon – Brésil : 0-1.  

Match 7-8 : Allemagne – Roumanie : 4-0. 

Match : 5-6 : Italie – Turquie : 3-2. 

Match 3-4. France – Japon : 0-0 (2-3 t.a.b.) 

Finale. Brésil – Angleterre : 0-0 (2-0 t.a.b.). 

 Classement complet. 1. Brésil, 2. Angleterre, 3. Japon, 4. France, 5. Italie, 6. Turquie, 7. Allemagne, 8. Roumanie.   

Le groupe France. Gardiens : Bartolomucci, Chevreau. Joueurs de champ : Sow, Niang, Baron, Rivière, Villeroux, Youme, Diakité, Wouandji. Guides : Le Colvez, Morgado.  

Staff. Sélectionneur : Akpweh. Entraîneur des gardiens : Busson. Médecin : D. Méric. DS : Simo.