Frédéric Villeroux & Martin Baron : les bâtisseurs du cécifoot français

Pendant plus de vingt ans, ils ont accompagné toutes les évolutions du cécifoot français. Des premiers terrains confidentiels aux plus grandes compétitions internationales, des salles presque vides aux stades pleins, Frédéric Villeroux et Martin Baron ont traversé toutes les époques de leur discipline. Deux joueurs, deux personnalités, mais une même ambition : faire reconnaître le cécifoot comme un véritable sport de haut niveau.

Aujourd’hui encore, leur influence dépasse largement le rectangle de jeu. L’un comme l’autre ont participé à écrire l’histoire des Bleus, à transmettre leur expérience aux nouvelles générations et à faire évoluer le regard porté sur le handicap. Bien avant les médailles et la reconnaissance médiatique, ils étaient déjà là.

Frédéric Villeroux, l’homme qui a fait parler le ballon

Lorsque Frédéric Villeroux découvre le cécifoot, il ne cherche pas à devenir une référence mondiale. Il veut simplement retrouver le plaisir du sport collectif. Passé par l’athlétisme, la natation ou encore le rugby, il tombe rapidement amoureux d’une discipline où tout repose sur l’écoute, l’anticipation et la confiance.

Au fil des saisons, son talent explose. Sa conduite de balle, sa lecture du jeu et sa capacité à éliminer ses adversaires en font l’un des joueurs les plus redoutés du circuit international. Pendant de nombreuses années, il est considéré comme l’un des meilleurs joueurs du monde, une reconnaissance qu’il accueille toujours avec beaucoup de recul. « Mon objectif n’a jamais été d’être reconnu individuellement. Ce qui m’a toujours animé, c’est de montrer que les personnes en situation de handicap sont avant tout des sportifs capables de performer au plus haut niveau. »

Mais réduire Frédéric Villeroux à son talent serait oublier l’essentiel. Depuis plus de vingt ans, il est aussi l’un des principaux ambassadeurs du cécifoot. Éducateur sportif dans la vie, il consacre une grande partie de son temps à faire découvrir sa discipline, à intervenir auprès des jeunes et à partager son expérience.

Pour lui, la performance n’a jamais été une finalité. Elle est avant tout un moyen de faire évoluer les mentalités. « Le sport change des vies. Si je peux aider quelqu’un à prendre confiance grâce au sport, alors j’ai déjà gagné quelque chose. »

Son influence dépasse d’ailleurs largement ses propres performances. Plusieurs joueurs de la nouvelle génération, comme Soufiane El Battachi, racontent avoir découvert le cécifoot en regardant ses vidéos sur internet avant de rêver, un jour, d’évoluer à ses côtés.

Martin Baron, le discret indispensable

Si Frédéric Villeroux attire naturellement les regards, Martin Baron incarne une autre forme de leadership. Plus discret, mais tout aussi essentiel. Non-voyant de naissance, il découvre le cécifoot au début des années 2000 alors qu’il poursuit ses études. Très vite, il comprend que cette discipline peut lui offrir bien plus qu’une pratique sportive. « Au début, le football restait surtout un jeu. C’est en découvrant les compétitions et les exigences du haut niveau que j’ai compris tout le travail nécessaire pour évoluer en équipe de France. »

International pendant près de deux décennies, Martin participe à toutes les grandes étapes de la construction du collectif français. Son intelligence tactique, sa lecture des espaces et sa régularité font de lui l’un des piliers des Bleus. Au fil des années, il voit aussi son sport changer de dimension. « Aujourd’hui, les gens parlent davantage du sport, des émotions et des performances avant de parler du handicap. C’est une évolution très importante. »

Ingénieur en informatique, Martin poursuit également son engagement en dehors des terrains. Passionné de sports mécaniques, il cofonde l’association AccessiMecaSport afin de permettre aux personnes déficientes visuelles de découvrir le karting grâce à un système de guidage sonore. Une nouvelle manière, pour lui, de démontrer que les limites sont souvent davantage culturelles que physiques.

Les premiers d’une longue lignée

Lorsque Frédéric Villeroux et Martin Baron débutent en équipe de France, le cécifoot reste largement méconnu. Les compétitions rassemblent peu de public, les retransmissions sont rares et la discipline peine encore à trouver sa place. Année après année, cette génération construit pourtant les fondations du cécifoot français. Elle remporte les premiers grands succès européens, découvre les Jeux Paralympiques, traverse des périodes plus compliquées, puis accompagne l’arrivée de nouveaux talents.

Aujourd’hui, Alessandro Bartolomucci, Mickaël Miguez, Maxime Sellier ou encore Soufiane El Battachi racontent tous avoir appris au contact de ces joueurs d’expérience. Certains, comme Soufiane, considéraient même Frédéric Villeroux comme une véritable idole avant d’avoir la chance de partager le même vestiaire. C’est sans doute là que réside leur plus grand héritage.

Bien sûr, leurs médailles resteront dans l’histoire. Mais leur plus belle victoire est peut-être ailleurs : avoir permis à toute une nouvelle génération de rêver à son tour, dans un sport qu’ils ont contribué, saison après saison, à construire et à faire grandir.

©Didier Echelard